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M.    Mme   



NON AVÉRÉS

 

Le Renard et l’Écureuil

Il ne se faut jamais moquer des misérables,

Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?

Le sage Ésope dans ses fables

Nous en donne un exemple ou deux ;

Je ne les cite point, et certaine chronique

M’en fournit un plus authentique.

Le Renard se moquait un jour de l’écureuil

Qu’il voyait assailli d’une forte tempête :

Te voilà, disait-il, près d’entrer au cercueil

Et de ta queue en vain tu te couvres la tête.

Plus tu t’es approché du faîte,

Plus l’orage te trouve en butte à tous ses coups.

Tu cherchais les lieux hauts et voisins de la foudre :

Voilà ce qui t’en prend ; moi qui cherche des trous,

Je ris, en attendant que tu sois mis en poudre.

Tandis qu’ainsi le renard se gabait,

Il prenait maint pauvre poulet

Au gobet ;

Lorsque l’ire du Ciel à l’écureuil pardonne :

Il n’éclaire plus ni ne tonne ;

L’orage cesse et le beau temps venu,

Un chasseur ayant aperçu

Le train de ce renard autour de sa tanière :

Tu paieras, dit-il, mes poulets.

Aussitôt nombre de bassets

Vous fait déloger le compère.

L’écureuil l’aperçoit qui fuit

Devant la meute qui le suit.

Ce plaisir ne lui dure guère,

Car bientôt il le voit aux portes du trépas.

Il le voit ; mais il n’en rit pas,

Instruit par sa propre misère.

Les deux Perroquets, le Roi, et son fils

Deux Perroquets, l'un père et l'autre fils,

Du rôt d'un Roi faisaient leur ordinaire.

Deux demi-dieux, l'un fils et l'autre père,

De ces oiseaux. faisaient leurs favoris.

L'âge liait une amitié sincère

Entre ces gens : les deux pères s'aimaient ;

Les deux enfants, malgré leur coeur frivole,

L'un avec l'autre aussi s'accoutumaient,

Nourris ensemble, et compagnons d'école.

C'était beaucoup d'honneur au jeune Perroquet ;

Car l'enfant était Prince, et son père Monarque.

Par le tempérament que lui donna la parque,

Il aimait les oiseaux. Un Moineau fort coquet,

Et le plus amoureux de toute la Province,

Faisait aussi sa part des délices du Prince.

Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants,

Comme il arrive aux jeunes gens,

Le jeu devint une querelle.

Le Passereau, peu circonspec,

S'attira de tels coups de bec,

Que, demi-mort et traînant l'aile,

On crut qu'il n'en pourrait guérir

Le Prince indigné fit mourir

Son Perroquet. Le bruit en vint au père.

L'infortuné vieillard crie et se désespère,

Le tout en vain ; ses cris sont superflus ;

L'oiseau parleur est déjà dans la barque ;

Pour dire mieux, l'Oiseau ne parlant plus

Fait qu'en fureur sur le fils du Monarque

Son père s'en va fondre, et lui crève les yeux.

Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile

Le haut d'un Pin. Là dans le sein des Dieux

Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille.

Le Roi lui-même y court, et dit pour l'attirer :

Ami, reviens chez moi : que nous sert de pleurer ?

Haine, vengeance, et deuil, laissons tout à la porte.

Je suis contraint de déclarer,

Encor que ma douleur soit forte,

Que le tort vient de nous : mon fils fut l'agresseur.

Mon fils ! non. C'est le sort qui du coup est l'auteur.

La Parque avait écrit de tout temps en son livre

Que l'un de nos enfants devait cesser de vivre,

L'autre de voir, par ce malheur.

Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage.

Le Perroquet dit : Sire Roi,

Crois-tu qu'après un tel outrage

Je me doive fier à toi ?

Tu m'allègues le sort : prétends-tu par ta foi

Me leurrer de l'appât d'un profane langage ?

Mais que la providence ou bien que le destin

Règle les affaires du monde

Il est écrit là-haut qu'au faîte de ce pin

Ou dans quelque Forêt profonde,

J'achèverai mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'être un juste sujet

De haine et de fureur. Je sais que la vengeance

Est un morceau de Roi, car vous vivez en Dieux.

Tu veux oublier cette offense :

Je le crois : cependant il me faut pour le mieux

Eviter ta main et tes yeux.

Sire Roi mon ami, va-t'en, tu perds ta peine ;

Ne me parle point de retour ;

L'absence est aussi bien un remède à la haine

Qu'un appareil contre l'amour.

Le Singe

Il est un Singe dans Paris

A qui l'on avait donné femme.

Singe en effet d'aucuns maris,

Il la battait : la pauvre Dame

En a tant soupiré qu'enfin elle n'est plus.

Leur fils se plaint d'étrange sorte,

Il éclate en cris superflus :

Le père en rit ;

sa femme est morte.

Il a déjà d'autres amours

Que l'on croit qu'il battra toujours.

Il hante la taverne et souvent il s'enivre.

N'attendez rien de bon du Peuple imitateur,

Qu'il soit Singe ou qu'il fasse un Livre :

La pire espèce, c'est l'Auteur.

Le Renard anglais

Le bon coeur est chez vous compagnon du bon sens

Avec cent qualités trop longues à déduire,

Une noblesse d'âme, un talent pour conduire

Et les affaires et les gens,

Une humeur franche et libre, et le don d'être amie

Malgré Jupiter même et les temps orageux.

Tout cela méritait un éloge pompeux ;

Il en eût été moins selon votre génie :

La pompe vous déplaît, l'éloge vous ennuie.

J'ai donc fait celui-ci court et simple. Je veux

Y coudre encore un mot ou deux

En faveur de votre patrie :

Vous l'aimez. Les Anglais pensent profondément ;

Leur esprit, en cela, suit leur tempérament.

Creusant dans les sujets, et forts d'expériences,

Ils étendent partout l'empire des Sciences.

Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour.

Vos gens à pénétrer l'emportent sur les autres ;

Même les Chiens de leur séjour

Ont meilleur nez que n'ont les nôtres.

Vos Renards sont plus fins. Je m'en vais le prouver.

Par un d'eux, qui, pour se sauver

Mit en usage un stratagème

Non encor pratiqué, des mieux imaginés.

Le scélérat, réduit en un péril extrême,

Et presque mis à bout par ces Chiens au bon nez,

Passa près d'un patibulaire.

Là, des animaux ravissants,

Blaireaux, Renards, Hiboux, race encline à mal faire,

Pour l'exemple pendus, instruisaient les passants.

Leur confrère aux abois entre ces morts s'arrange.

Je crois voir Annibal qui, pressé des Romains

Met leurs chefs en défaut, ou leur donne le change,

Et sait en vieux Renard s'échapper de leurs mains.

Les clefs de Meute, parvenues

A l'endroit où pour mort le traître se pendit,

Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit,

Bien que de leurs abois ils perçassent les nues.

Il ne put soupçonner ce tour assez plaisant.

Quelque terrier, dit-il, a sauvé mon galant,

Mes chiens n'appellent point au-delà des colonnes

Où sont tant d'honnêtes personnes.

Il y viendra, le drôle ! Il y vint, à son dam.

Voilà maint basset clabaudant ;

Voilà notre Renard au charnier se guindant.

Maître pendu croyait qu'il en irait de même

Que le Jour qu'il tendit semblables panneaux ;

Mais le pauvret, ce coup, y laissa ses houseaux.

Tant il est vrai qu'il faut changer de stratagème.

Le Chasseur, pour trouver sa propre sûreté,

N'aurait pas cependant un tel tour inventé ;

Non point par peu d'esprit ; est-il quelqu'un qui nie

Que tout Anglais n'en ait bonne provision ?

Mais le peu d'amour pour la vie

Leur nuit en mainte occasion.

Je reviens à vous, non pour dire

D'autres traits sur votre sujet

Trop abondant pour ma Lyre :

Peu de nos chants, peu de nos Vers,

Par un encens flatteur amusent l'Univers

Et se font écouter des nations étranges.

Votre Prince vous dit un jour

Qu'il aimait mieux un trait d'amour

Que quatre Pages de louanges.

Agréez seulement le don que je vous fais

Des derniers efforts de ma Muse.

C'est peu de chose ; elle est confuse

De ces Ouvrages imparfaits.

Cependant ne pourriez-vous faire

Que le même hommage pût plaire

A celle qui remplit vos climats d'habitants

Tirés de l'Ile de Cythère ?

Vous voyez par là que j'entends

Mazarin, des Amours Déesse tutélaire.

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